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Vendredi 10 Novembre 2017 - 16h45

Onze mois se sont écoulés depuis la rédaction du premier article de ce blog. Onze mois bien chargé, par le travail, la rédaction de deux livres, par les enfants, par la vie tout simplement. J'ai revu beaucoup de choses dans mon fonctionnement, j'au aussi appris qu'il fallait être plutôt qu'avoir et tant pis si tout n'est pas comme je le souhaitais. J'ai perdu le contrôle de beaucoup de choses depuis que ma grande ne va pas bien. Je vis par procuration sa souffrance moi qui devrait lui laisser vivre son enfance. Son insouciance s'en est allée depuis le printemps dernier et c'est une période difficile que nous avons vécue à la fois spectateurs de son mal-être et parents protecteurs que nous avons essayé d'être. Je l'ai laissée ce matin partir à l'école et je sais pourtant qu'elle ne va de nouveau pas bien. Elle a recommencé à bouder son assiette, discrètement mais plus assez pour que mon oeil désormais habitué ne le remarque plus. Je n'ai rien dit. Son interrogation d'anglais lui a ramené ses maux de ventre, non qu'elle ne puisse la réussir, elle est bilingue depuis des années, son papa est anglais mais parce qu'elle a peur qu'elle - l'anglaise - à la moindre faute soit moquée. J'ai beau lui rappeler que même les petits français font des fautes d'orthographe dans leur langue maternelle mais rien n'y fait. Je suis seule face à son inconscient qui n'entend pas mes explications rationnelles. Je suis seule devant elle encore plus seule. Je me dis que les vacances de Noël sont encore loin et qu'il va bien falloir tenir... et pourtant ce matin, j'ai visionné la vidéo d'une jeune de 15 ans dont les parents l'ont retirée de l'école maternelle après un an et demi seulement et la bonne élève que j'étais se demande comment s'est possible et la maman que je suis devenue se dit si seulement...

J'ai compté les heures et les minutes ce matin, je compte les minutes qu'il me reste jusqu'à elle tout à l'heure. Je saurai vite son état au trait de son visage. Nous rentrerons à l'abri, là où l'école ne la suit pas complètement. Elle posera  ans sa chambre au pied de son bureau son nouveau sac à dos Eastpack, celui qu'elle a eu tant de mal à accepter alors qu'il lui plaisait vraiment. Il lui ressemble se sac en fait. Personne n'a le même dans la cour, on a du rusé pour le retrouver dans la boutique, il s'était caché entre plusieurs, dissimulé, camouflé... mais c'est elle qui l'avait vu. 


Vendredi 7 Janvier 2017 - 16h45

Le premier n'est jamais facile à écrire et pourtant j'ai déjà tellement de choses à y dire. Il y a la raison, il y a le nom, il y a tout ça. Tout ce qui fait que je me retrouve là. Le vendredi, pour beaucoup, c'est le jour de fin. On ferme la porte du bureau. Le travail s'arrête là. Pour moi, c'est tout le contraire et tous les vendredis se reproduit le même scénario. C'est quand les enfants rentrent de l'école, qu'ils prennent leur goûter autour de la grande table en bois que les meilleurs idées me viennent, que tout me semble possible et que je vous voudrais arrêter le temps. Le temps de parcourir toutes les branches de cette pensée arborescente dont je n'ai que depuis peu pris conscience. C'est au milieu de mes enfants, de leurs disputes et de leurs éclats de rire que j'écris le mieux, que je me sens inspirée. Moi qui chéris le calme de la journée, il n'y a qu'avec eux que la magie s'opère.

C'est ce vendredi, à la même heure, que m'est venue l'idée d'écrire ce journal. Un endroit rien qu'à moi. Celui qui ne servira que mes mots et qui ne vendra rien. Celui dont les stats ne compteront pas. Celui qui aura comme vocation première d'être écrit mieux que d'être lu à tout prix. C'est l'endroit idéal dont j'ai besoin pour me poser en rêvant d'une version réelle, une petite maison en bois loin de tout où je n'aurais pour compagnon que mes sachets de thé et mon clavier. C'est le media idéal dont j'ai besoin pour évacuer ce trop-plein d'idées, de réflexions, de découvertes sur ce qu'est l'état de surdouance. Parler de précocité intellectuelle quand on a 35 ans, ça fait un peu retardé... On a l'impression d'avoir manqué au moins trente ans de sa vie sans cette information primordiale, qui nous permet enfin de nous accepter.

Il y a des jours où j'oublie que je le suis, après tout je ne le savais pas avant, et savoir désormais que je fais partie de cette intelligence différente ne change en rien qui je suis. Le savoir change cependant toute ma perception du monde et du moi. Savoir c'est comprendre, comprendre c'est accepter. C'est aussi éviter les pièges. J'ai longtemps hésité à en parler. Comme une déclaration honteuse de ce que l'on cache involontairement, finalement. 
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